23/08/2019 - Reportages

par olivier maloteaux
Photos Luigi Casentini

Cavalcade à l’italienne

Palio de Siena

Même une véritable épreuve sportive. C’est une petite guerre. Un condensé de ferveur et de fureur, qui voit s’affronter les représentants des différents quartiers de Sienne, avec pour théâtre la magnifique Piazza del Campo. Une « siennoiserie » dont l’origine remonte à loin...

par olivier maloteaux
Photos Luigi Casentini

Cavalcade à l’italienne

Palio de Siena

Même une véritable épreuve sportive. C’est une petite guerre. Un condensé de ferveur et de fureur, qui voit s’affronter les représentants des différents quartiers de Sienne, avec pour théâtre la magnifique Piazza del Campo. Une « siennoiserie » dont l’origine remonte à loin...

Longines World’s Best Racehorse

Un an de préparation pour moins de deux minutes de course ! Voilà qui résume le côté excessif du Palio de Sienne... Cette épreuve a lieu deux fois par an : le 2 juillet et le 16 août. Dix des dix-sept quartiers de la ville y sont représentés par un jockey et sa monture. Après six courses d’essai, tous s’affrontent dans une épreuve ultime. Une course fugitive, qui ne dure que le temps de boucler trois tours de la piste aménagée sur la Piazza del Campo, la place centrale de Sienne, incurvée comme une coquille Saint-Jacques. Une cavalcade de seulement 1.200 mètres de long, qui retient le souffle de toute une population pendant
un an !

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Un an de préparation pour moins de deux minutes de course ! Voilà qui résume le côté excessif du Palio de Sienne...

La mémoire longue

A Sienne, on a la mémoire longue et on cultive les traditions. C’est vrai que là-bas, tout est fait pour se remémorer le passé, qui est d’ailleurs présent au quotidien puisque la ville n’a pratiquement jamais changé... Les ruelles sont toujours médiévales. Elles rappellent l’époque où les quartiers de la ville se livraient des guerres intestines. Le temps où les grandes familles s’alliaient et se déchiraient au gré des saisons.

Aujourd’hui, le cœur de la cité est toujours divisé en 17 contrade (quartiers), avec leur paroisse et leur propre organisation sociale. Chacun hisse fièrement son drapeau, représentant un animal : l'oie, l'aigle, la girafe, l'escargot, l'éléphant, etc. Et tous se défient deux fois par an à dos de cheval, sur la place principale de la ville. Le Palio dans sa version actuelle est une tradition qui remonte au 17e siècle.

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Et ici, le fair-play n’a pas sa place. C’est la loi du plus fort qui règne en maître. Car on se méprise pour un Palio remporté ou perdu. Mais les gagnants sont souvent issus du même clan : la contrada la plus couronnée est celle de l’oie (Oca), qui a remporté l’épreuve 63 fois, suivie par celle de l’Escargot (Chiocciola) comptant 51 victoires et celle de la Tortue (Tartuca, 46 victoires).

Un rituel

Les réjouissances commencent durant la semaine qui précède la date officielle de la course. Les Siennois s’habillent aux couleurs de leur quartier, des banquets s’organisent et des défilés s’improvisent. Les lanceurs de drapeaux font voltiger leur étendard au-dessus des têtes, dans une valse rythmée par le roulement des tambours et le tintement des trompettes. Pendant ce temps, en coulisse, on a déjà sélectionné les 10 quartiers qui participeront à la première épreuve (les 7 autres auront leur chance lors de la deuxième course de l’année). Les capitaines sélectionnent aussi les chevaux. Sur cent candidats, on n’en garde donc que 10. Et lorsque la sélection est effectuée, le Maire de Sienne attribue par tirage au sort un cheval à chaque quartier.

Après cette loterie, les chevaux sont conduits dans leur écurie, où ils seront couvés et protégés par leur palefrenier. Certains veillent sur leur précieux quadrupède de jour comme de nuit. Et avant la course, chaque cheval est bénit par le prêtre de la paroisse du quartier. Les chevaux qui ont connu le plus de succès dans l’histoire du Palio sont Folco et Panezio, avec 8 victoires chacun, suivi par Topolone, qui compte 7 victoires.

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Les 10 mercenaires

Les jockeys (fantini) ont aussi droit à la bénédiction du curé. Mais les Siennois entretiennent avec eux une relation complexe : ces cavaliers sont à la fois adulés et détestés. Ils sont vus comme des héros pouvant faire gagner leur quartier, mais aussi comme des mercenaires pouvant les trahir. Plusieurs fantini viennent en effet de l’extérieur de la ville. Ils se font payer cher pour représenter un quartier et peuvent changer de bord d’une année à l’autre pour se donner au plus offrant. L’allier d’aujourd’hui peut donc devenir l’ennemi de demain...

Le jockey le plus victorieux de l’ère moderne est Andrea De Gortes. Surnommé Aceto (vinaigre), il a remporté 14 fois l’épreuve entre 1964 et 1996. Mais si le jockey compte, c’est toutefois le cheval qui est roi. Il peut d’ailleurs gagner la course même en franchissant la ligne d’arrivée sans cavalier sur le dos ! Une situation cocasse, mais qui s’est produite plus de vingt fois dans l’histoire du Palio.

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Le grand jour

Au matin du grand jour, les spectateurs emplissent le cœur de la Piazza del Campo. Les moins fortunés se massent au centre de la piste, où les places sont gratuites. Les plus nantis surplombent l’épreuve, adossés aux balcons des bâtiments médiévaux. La course se tient en début de soirée, à 19 h ou 19h30. Ici, point de selle : les cavaliers montent à cru.

Sur la ligne de départ, les chevaux piaffent d’impatience. Lorsque la cordelette qui les retient est lâchée, les 10 cavaliers et leur monture remuent la poussière du circuit. Les virages sont serrés et glissants. Les jockeys ont la mine sévère. Ils distribuent des coups de cravache à leur monture mais aussi parfois à leurs... adversaires. C’est la cohue. Les accidents ne sont pas rares. L’ambiance est électrique. Mais la pression est de courte durée : les chevaux bouclent trois petits tours et puis s’en vont. Soit environ une minute et trente seconde de course !

Le vainqueur est adulé ; le perdant est le deuxième de la course, pas le dernier. C’est comme ça : Sienne a ses règles, parfois biscornues. En coulisse, dès la fin de la course, les représentants des quartiers s’affairent déjà pour recruter les bons cavaliers, ceux qui se présenteront l’an prochain face au curé. Car l’histoire du Palio n’est pas près de s’arrêter...

www.thepalio.com

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